Cet ouvrage est à paraître prochainement.

Du lundi 4 avril au jeudi 7 avril 2005, la Société d’Histoire des Juifs de Tunisie a organisé en Sorbonne, un colloque international sur le thème : « L’Alliance Israélite Universelle en Tunisie (1860-1967) et les transformations socio-culturelles de la communauté juive ».

Cette manifestation, placée sous le patronage de Monsieur François Fillion Ministre de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, de Monsieur Michel Barnier Ministre des Affaires Etrangères, de Monsieur Renaud Donnedieu de Vabres Ministre de la Culture et de la Communication, de Monsieur Koïchiro Matsuura Directeur général de l’U.N.E.S.C.O, ainsi que du C.N.R.S, a été organisée en partenariat avec l’Ecole doctorale d’histoire des religions de l’Université Paris-Sorbonne, le Département d’études hébraïques de l’Université de Vincennes-Saint-Denis, et de l’Académie Hillel.

La séance inaugurale tenue le 4 avril 2005 a été présidée par Monsieur l’Ambassadeur Huntziger représentant Monsieur le Ministre des Affaires Etrangères. Au cours de cette séance, trois leçons ont été données autour du thème général du colloque par monsieur Klifa Chater professeur émérite à la Faculté des sciences humaines et sociales de Tunis « La Tunisie à la veille du Protectorat français », monsieur Aron Rodrigue professeur à l’Université Stanford « De l’instruction à l’émancipation : un modèle français », monsieur Michel Abitbol professeur à l’Université hébraïque de Jérusalem « Modernité et éclipse de l’histoire juive en terre d’Islam ».

Les séances de travail proprement dites ont été alternativement présidées par des universitaires tunisiens (monsieur Klifa Chater susnommé, monsieur Moktar Ayachi professeur à la Faculté des Lettres de Manouba, monsieur Habib Kazdaghli vice-doyen de la Faculté des Lettres de Manouba), israéliens (monsieur Michel Abitbol susnommé, monsieur Yossef Chetrit vice-recteur de l’Université de Haïfa) et français (madame Mireille Hadas-Lebel professeur à l’Université Paris-Sorbonne, monsieur Paul Fenton professeur à l’Université Paris-Sorbonne, monsieur Ephraïm Riveline professeur à l’Université Vincennes-Saint-Denis).

La journée du 5 avril a été vouée à deux thèmes : l’Alliance Israélite Universelle et les débuts de l’éducation moderne en Tunisie. Les communications ont mis en évidence un remarquable parallélisme entre le développement d’un enseignement moderne en Tunisie mis en place par l’élite musulmane dans la seconde moitié du 19ème siècle et la création de la première école de l’Alliance Israélite à Tunis en 1878, trois ans avant l’instauration du Protectorat français. Si ces deux créations partent de la même volonté de faire accéder une partie de la jeunesse aux connaissances modernes et au progrès, les conditions sont cependant différentes. La création du collège Sadiki par l’élite musulmane s’inspire davantage du modèle ottoman et est une création purement endogène. L’institution est réservée à une minorité recrutée soit en fonction de critères familiaux et financiers soit en raison de capacités intellectuelles exceptionnelles. La création de l’Alliance Israélite Universelle si elle s’appuie sur la volonté d’une partie de l’élite juive locale et du rabbinat éclairé est principalement un mouvement de solidarité des Juifs de France et vise à faire bénéficier le plus grand nombre d’enfants de l’éducation moderne et surtout du modèle scolaire français. Le second thème de la journée a été consacré à l’histoire des Juifs de Tunisie à travers les archives de l’Alliance Israélite.

La journée du 6 avril fut, consacrée d’abord à l’étude de la scolarisation des Juifs de Tunisie sous le Protectorat français, dans le cadre des écoles de l’Alliance et dans celles de l’enseignement public, ensuite au réseau scolaire de l’Alliance Israélite hors de la ville de Tunis, y compris l’enseignement agricole, enfin, aux oppositions à l’action de l’Alliance Israélite essentiellement venues de l’intérieur de la communauté juive.

La journée du 7 avril d’abord vouée à la chronologie eut pour objet l’étude de l’action de l’Alliance Israélite de la seconde guerre mondiale à l’indépendance de la Tunisie. On aborda ensuite le thème du rôle de l’Alliance Israélite dans l’assimilation des Juifs de Tunisie à la culture française et, en dernier lieu les ultimes feux de l’institution avec l’indépendance du pays.

La conclusion d’ensemble des travaux du colloque fait ressortir le rôle clé de l’Alliance Israélite dans l’occidentalisation- francisation des Juifs du pays, essentiellement par l’action de son réseau scolaire. Rôle clé certes mais nullement monopolistique puisque l’action de l’école publique fut, au moins, aussi prégnante. Au delà de l’action scolaire proprement dite,  l’institution par son rayonnement propre fit évoluer les mentalités dans le sens d’une modernisation  des modes de vie, des modes de pensée, du statut de la femme etc. au fond, l’Alliance Israélite fut un vecteur puissant et efficace de l’influence française dans le pays, des principes de 1789 et de la vision républicaine du monde, plus universelle par nature.

Quantitativement et indépendamment des leçons inaugurales 34 communications ont été faites, de nature très diverses et ont donné lieu à des débats fructueux. Les intervenants venaient de multiples horizons géographiques : Etats-Unis, Tunisie, Israël, France (Paris et province). Une assistance nombreuse a répondu à l’appel des organisateurs et les séances ont réunis en moyenne 160 environ, sauf pour l’ouverture et la clôture du colloque qui drainèrent chacune 300 assistants.

Il n’est pas indifférent enfin qu’à Paris chercheurs et universitaires tunisiens et israéliens aient pu se rencontrer et échanger, dans une ambiance courtoise, voire amicale, leurs idées et leurs visions des choses.

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