Cet ouvrage est à paraître prochainement.

Le colloque international organisé par la Société d’Histoire des Juifs de Tunisie et intitulé « Les Juifs du Maghreb de l’époque coloniale à nos jours : Histoire, mémoire et écritures du passé » s’est tenu du 3 au 6 novembre 2008 à l’amphithéâtre Louis Liard en Sorbonne.

Il a totalisé 48 communications et a réuni des chercheurs et des enseignants-chercheurs d’horizons géographiques différents : France (Paris, Nice, Toulouse), Israël (Tel-Aviv, Jérusalem, Haïfa), Tunisie (Tunis), Maroc (Rabat, Casablanca), Etats-Unis (Californie, Arizona, Harvard), Algérie (Oran, Constantine, Alger), Allemagne (Cologne).

Voué essentiellement à l’étude de l’histoire, le colloque a cependant fait une place à quelques disciplines annexes (sciences sociales, littérature). Centré sur la période coloniale dans l’ex Afrique du Nord française, il a annexé à ses travaux une étude sur la Libye, autre contrée du Maghreb mais colonisée par l’Italie avec des points communs et des différences par rapport au Maroc, à l’Algérie et à la Tunisie tant au niveau des relations judéo-musulmanes qu’au niveau de l’attraction exercée par la puissance coloniale sur la communauté juive locale.

Chronologiquement axé sur les temps coloniaux, il a fourni quelques aperçus sur les périodes antérieures (puisque les deux leçons inaugurales données lors de la séance d’ouverture par Monsieur M’Hamed Hassine Fantar et Madame Lucette Valensi ont été consacrées respectivement à la situation des Juifs au Maghreb dans l’Antiquité et à la situation des Juifs au Maghreb à la veille de la colonisation) et surtout postérieures dans l’exacte mesure où cette histoire se poursuit dans les pays d’accueil, la France et Israël à l’évidence mais aussi dans une moindre mesure, l’Italie, l’Espagne, le Canada francophone.

Les principaux thèmes abordés ont porté d’abord sur un état des lieux de l’histoire des Juifs du Maghreb, préalable obligé qui a permis de constater que les recherches sur cette histoire ne sont pas absentes dans les pays du Maghreb. Commencées il y a plus de 30 ans au Maroc, un peu plus tard en Tunisie mais à un rythme plus soutenu, elles ont été abordées plus récemment par les universitaires algériens. Vues d’abord comme l’étude d’un phénomène hors de l’histoire nationale de ces pays, elles y sont maintenant intégrées (sauf le cas de l’Algerie) dans la mesure où l’histoire des minorités est considérée maintenant  comme partie intégrante de l’histoire du pays.   Ils se sont poursuivis par une historiographie revisitée puis par des études sur la littérature et surtout la mémoire.

La partie historique proprement dite, essentiellement celle des temps coloniaux, 1830-1962 pour l’Algérie,  1881-1956 pour la Tunisie, 1912-1956 pour le Maroc s’est articulée selon plusieurs paramètres, la dimension politique, la dimension sociale et démographique, les rapports intercommunautaires, le patrimoine. La clôture du colloque a traité de la continuation de cette histoire sous d’autres lieux.

La synthèse du colloque enfin a été essentiellement basée sur un constat encourageant à savoir le développement des études historiques, sociales, littérature sur la question et ce dans plusieurs pays Israël, la France et la Maghreb. Elle a aussi abordé quelques questions méthodologiques comme la nécessité, au delà de la connaissance de la langue française, d’avoir quelques lumières en arabe et en hébreu pour les examens archivistiques.

Les communications et les débats ont mis en évidence l’influence profonde exercée par la France sur les populations juives du Maghreb au travers du développent de la scolarisation dans les écoles publiques mais aussi dans le réseau scolaire mis en place par l ‘Alliance Israélite Universelle au Maroc et en Tunisie. Les lois antijuives de Vichy ont provoqué des désillusions et des déceptions mais elles ne semblent pas avoir modifié au fond l’attitude des Juifs du Maghreb envers la France au point que cette insertion juive dans la cité française a pu provoquer des tensions avec la communauté musulmane notamment en Algérie et au Maroc mais explique aussi en partie l’exil de la majorité de cette population vers la France après les indépendances.

Un public particulièrement nombreux et motivé a répondu à l’appel des organisateurs. Il comprenait, entre autres, des étudiants de l’INALCO, de Paris IV, VIII et I. L’amphithéâtre Louis Liard abritant les travaux a été quasiment plein dans les séances de l’après-midi – plus de 200 personnes – et  assez bien garni dans les matinées – 140 à 150 personnes.

Toutes les communications ont eu lieu en français et le français a été la langue unique des débats. Il a été souligné à ce sujet que le français était aujourd’hui la langue du dialogue entre les Juifs originaires de l’ancienne Afrique du nord française et les musulmans de ces pays. Adoptée selon des rythmes différents par les deux populations, la langue française est devenue un dénominateur commun après l’exil des populations juives.

La séance inaugurale a été présidée par monsieur Georges Molinié, Président de l’Université Paris-Sorbonne. Les séances ultérieures ont été alternativement présidées par Mohamed Kenbib(Maroc), Mireille Hadas-Lebel (France), Abdelhamil Larguèche(Tunisie), M’Hamed Hassine Fantar(Tunisie), Lucette Valensi(France), Daniel Schroeter(Etats-Unis), Joseph Chetrit(Israël), Ephraïm Riveline(France), Michel Abitbol(Israël). La séance de clôture a été présidée par monsieur André Nouschi, professeur émérite à l’Université de Nice.

Les participants ont noué en marge du colloque de nombreux contacts, surtout, fait intéressant, chercheurs israéliens et maghrébins ont échangé leurs points de vue et décidé de rester en relation.

Consultez ici le PROGRAMME colloque 2008

Consultez ici la Lecture de Valérie Assan pour Archives Juives relative à ce colloque